Extrait du livre


Le courage de s'assumer…

Dans ce récit, René Sauriol retrace les principales étapes de sa vie jusqu'à aujourd'hui. La gloire, telle qu’on la définit, n'était pas au rendez-vous. Cependant, la gloire peut se manifester de diverses façons de sorte qu'on ne la nommera pas toujours gloire, mais…

Un jour, René Sauriol a décidé que cette vie qu'il s'était forgée, il l’accepterait. Il ne la nierait pas. Il l'assumerait. Non, il ne rejetterait pas le blâme sur qui que ce soit, mais il trouverait pourquoi chacun des pas qu’il avait faits l’avait amené sur cette pente qu'il tentait de remonter. Il ne s’est pas apitoyé sur son sort. Il a pris sur lui la responsabilité de sa vie et n'a pas essayé de justifier ses erreurs de parcours. Il a eu le courage de prendre conscience de ses faiblesses, de ses manquements, d’en retracer les origines à l'intérieur de lui-même et de reconnaître les souffrances qu'il avait causées. La peine qu'il a ressentie à la suite de cette prise de conscience de la souffrance des gens il avait connus ou non l’a amené à regretter sincèrement et amèrement certaines décisions qu'il avait prises dans son passé. Cependant, il désire réparer et c'est ainsi qu'il a pensé à proposer des solutions pour régler son problème à lui afin de ne plus jamais se trouver face à pareille situation et éviter toute forme de récidive, d’envie ou même de pensée de récidive.

Il lui fallait trouver un moyen tangible de réparation dans la société. De là est née l’idée de ce récit pour contribuer à alerter ceux et celles qui pourraient être tentés d’emprunter la voie de la facilité au détriment de leurs voisins, amis, parents ou inconnus qui auraient placé en eux leur confiance et…leurs économies.

Dr Gilles Dupont psychologue Gatineau Québec 14 août 2015


PROLOGUE  

Juillet 2009, Mont-Tremblant

Après une magnifique journée à explorer les Laurentides, nous voilà de retour à la maison plus tôt que prévu. Comme c’est le premier séjour de Martine dans la région, j’ai volontairement évité l’autoroute 15 pour avoir le plaisir de traverser les villages qu’elle trouve « typiques » tout comme le paysage de montagnes à perte de vue. Il a plu un peu pendant notre excursion entre Sainte-Adèle et Val-David. À Sainte-Agathe, nous avons bénéficié d’une éclaircie pour manger sur la terrasse d’une jolie demeure victorienne convertie en restaurant. Puis nous nous sommes attardés sur le quai du lac des Sables pour assister à l’arrivée de L’Alouette et au concert des canards que le bateau de croisière a dérangés.

En route vers Mont-Tremblant, le ciel s’est déchaîné en fin d’après-midi. Un véritable déluge s’est abattu sur le territoire. Et il en est ainsi presque tous les jours depuis une semaine. Dans les commerces du village, on s’entend pour dire qu’« on a un bien drôle d’été qui va faire sûrement faire fuir les touristes et compromettre l’économie locale et régionale ». Aujourd’hui, en rétrospective, je me dis que ce n’était que le prélude à la catastrophe qui allait suivre…

***

La première fois que j’ai rencontré Martine, quelques mois auparavant, c’était à Montréal en février, lors d’un congrès de gens d’affaires. Elle arrivait de Paris, où elle est chiropraticienne, et moi de Tremblant, où je me suis établi en 2006. Nous avons sympathisé rapidement et après quelques conversations pendant les pauses-repas, nous nous sommes donné rendez-vous à New York pour un autre colloque en mai. Du moins, était-ce la raison officielle, car il était évident que le courant passait entre nous. Ce séjour dans la ville américaine nous permettrait peut-être de développer une relation intéressante, qui sait !

Et nous avons profité de chaque heure pendant ce weekend pour nous découvrir des affinités. Cette femme de carrière possède toutes les qualités qui m’attirent habituellement : belle, intelligente, élégante, indépendante financièrement et dotée du sens de l’humour.

J’aurais aimé pouvoir arrêter le temps afin que ces trois jours durent l’éternité tellement je me sentais heureux en sa compagnie. Avant de nous quitter dans l’immense hall de l’hôtel achalandé par une centaine de congressistes qui se bousculaient à la réception, je l’ai invitée à venir chez moi dans la quiétude de ma campagne si, par chance, elle pouvait se libérer quelques jours durant l’été. Dans un sourire plein de promesses, elle m’a répondu :

« Mon cher René, c’est une excellente idée et je vais même prendre une semaine de plus avec toi. D’ailleurs, je vais en parler à mon associé à la clinique. Tu sais, j’avais prévu de passer tout le mois d’août avec des amis sur la Côte d'Azur. Eh bien, c’est décidé, je vais faire un détour au Québec fin juillet ! Ensuite, je partirai directement de Montréal pour Nice. Ça te convient ? Au fait, tu joues au tennis, au golf ?

— Oui, ma chère ! Et j’adore ça ! Tu devrais voir les terrains de golf à Tremblant ! Ce sont les plus beaux du monde ! Prépare-toi à affronter un adversaire redoutable ! », lui ai-je répliqué avec une assurance mitigée et la ferme intention de me remettre à l’entraînement intensif d’ici son arrivée. D’abord, parce que j’avais quelques kilos superflus, ensuite, parce que je venais de comprendre que Martine avait, comme moi, l’esprit de compétition. Le mâle fier de sa personne serait-t-il à la hauteur ?

Entretemps, nous avons échangé des courriels quotidiennement, et j’ai compté les semaines, puis les jours dans l’attente de ce 29 juillet.

***

Le grand jour est arrivé ! J’ose à peine y croire ! Me voilà sur l’autoroute vers le sud, en direction de Dorval, impatient de la revoir. Fébrile comme un enfant la veille de Noël, j’ai passé la nuit à penser à elle et à la chance que j’avais de passer une semaine tout entière en sa compagnie.

Serais-je amoureux ? Moi qui suis à la recherche de la femme idéale, l’aurais-je enfin trouvée ? J’aurai une semaine pour m’en assurer. Seigneur, pourvu qu’il fasse beau… On pourra aller naviguer sur le lac Tremblant, se baigner, manger dehors, faire du vélo, jouer au tennis, au golf, etc. !

 

Mercredi, 29 juillet, 15h30

La patience ne fait pas partie de mes qualités, et jamais le trajet Tremblant-Dorval ne m’a paru aussi long… Comme j’ai roulé un peu trop vite, je stationne ma voiture avec une heure d’avance à l’aéroport. Je tue le temps en ressassant le programme de rêve que j’ai élaboré pour mon invitée.

Oh non ! Le vol en provenance de Paris accuse un léger retard, qui me semble interminable. De plus, selon le tableau des arrivées, trois avions vont atterrir pratiquement à la même heure. Cela signifie un embouteillage monstre à la douane, aux carrousels des bagages, etc.

Je n’y tiens plus. Je marche, je tourne en rond. Je trépigne. Je me parle tout seul. (Relaxe René, respire par le nez.) Un café, deux cafés plus tard, je la distingue dans la cohorte de voyageurs, qui cherchent des yeux des visages familiers. Alléluia ! Elle m’apparaît déjà toute bronzée dans sa robe en toile bleu clair, comme ses yeux, radieuse malgré les longues heures de vol. Nos regards se croisent et nous éclatons de rire avant de nous faire une accolade ! Bienvenue au Québec, ma belle !

Dans la voiture, je fais part de mes projets à Martine pour lui faire apprécier chaque minute de son séjour avec moi dans ce coin d’Amérique du Nord qu’elle ne connaît pas, elle qui a vu tant de pays. J’ai bien l’intention de tout mettre en œuvre pour qu’elle garde de son voyage des souvenirs inoubliables. Je n’aurais pas pu dire plus vrai…

 

Vendredi, 31 juillet, 19h10

Faute de pouvoir nous installer dehors, où j’ai dû fermer les parasols et plier les chaises longues, en raison de la pluie abondante qui a inondé le patio, la pelouse et les fleurs, nous sommes assis sur le canapé du salon pour déguster notre champagne, le meilleur !

La télé est allumée, car nous attendons les prévisions du temps, en espérant que la météo sera plus clémente au cours des prochains jours et en voilà deux de passés.

Nous regardons le petit écran sans vraiment porter attention au chef d’antenne des Nouvelles TVA[1] qui donne la parole au journaliste. Dès ses premiers mots, alors que je m’apprête à me lever pour remplir nos verres à nouveau, je tends l’oreille :

Deux conseillers financiers d'une compagnie nommée [...] auraient sollicité des gens pour faire des investissements dans une fraude à la Ponzi. Des millions de dollars auraient [...]

L’Autorité des marchés a beaucoup de travail ces temps-ci. À Gatineau, elle vient de sévir contre René Sauriol. Il aurait créé une compagnie fictive et abusé de la confiance des investisseurs. Il n’était pas enregistré à l’AMF[2] [...]

Depuis l’affaire Earl Jones, l’AMF reçoit de nombreux appels d’investisseurs inquiets [...].

Un silence de plomb s’installe entre Martine et moi. Elle est figée. Un frisson vient de traverser ma colonne vertébrale. J’arrête de respirer. J’entends les battements de mon cœur. Je tente péniblement de tourner la tête vers elle, comme dans un film au ralenti, tellement j’appréhende sa réaction, jusqu’à ce que ce soit elle qui cherche mon regard. Elle est blême. Je dois être vert de peur. Elle me fixe, comme si j’étais un fantôme, en disant « Qui es-tu ? »

***

Je savais qu’il y aurait de l’orage ce jour-là, comme au cours de la dernière semaine, la pire depuis des années, mais jamais je n’aurais pu imaginer que le ciel me tomberait sur la tête…

La question de Martine résonne très fort dans mon cerveau comme un écho. « QUI ES-TU ? »… Je dois préparer ma réponse. En même temps, je prends conscience que cette nouvelle doit être diffusée sur le réseau national de Radio-Canada, sur CBC, sur TVA. D’un océan à l’autre, je fais les manchettes en français et en anglais. Dans l’Outaouais, où vivent ma famille, mes amis, mes clients, la nouvelle va avoir l’effet d’une bombe. Et demain, ce sont les quotidiens qui relateront ce scandale sur plusieurs lignes avec ma photo. Bien entendu, on va aussi parler de moi dans les médias régionaux. En ce moment même, les voisins savent qui je suis et ce que j’ai fait.

(Oh mon Dieu !) En quelques secondes, je mesure l’ampleur des dégâts. C’est affreux. C’est épouvantable. Qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai la tête qui tourne. C’est la fin du monde.

(Mais non René, arrête de paniquer, tu fais un cauchemar… Tu vas te réveiller et tu vas inviter Martine à prendre un bain tourbillon sous la marquise dans le jardin… Respire… Tout va bien ! Vive le grand amour avec la plus belle femme du monde ! Vive l’été dans les Laurentides !)

J’ouvre les yeux pour refaire surface. Je reprends pied dans la réalité, comme si je sortais du coma après avoir été assommé. Non. Je n’ai pas fait de mauvais rêve. Martine est là, même si elle a pris ses distances en attendant ma réponse. « Qui es-tu ? »

Le regard qu’elle porte sur moi m’est intolérable. Je sais pertinemment qu’elle a raison de penser qu’elle est désormais en présence d’un étranger, qu’elle doit être terriblement inquiète. Elle se demande peut-être même si elle est en danger en cet instant. Il est vrai qu’elle ne connaît pas tout de moi, en particulier mes problèmes avec la justice, et c’est d’autant plus dramatique qu’elle vient tout juste de l’apprendre par la télévision… en ma présence.

D’ailleurs, est-ce l’effet du hasard ? N’est-ce pas mieux ainsi pour me faire prendre conscience de la gravité de ma situation, pour me confronter à qui je suis réellement ? Les minutes sont longues. Les mots se bloquent dans ma bouche. J’ai la gorge serrée, je manque d’air. Je me sens mal, oppressé. Je me sens piégé, humilié, anéanti. J’aurais dû y penser avant de l’embarquer dans cette aventure.

Elle continue à fixer l’imposteur que je suis. J’ai été démasqué, comme dans un mauvais film. (Ton numéro de charme est terminé, Sauriol… Réponds-lui donc !) Comment vais-je m’en sortir ? Bon, je n’ai plus le choix :

« Écoute, euh, je dois t’avouer que j’ai un passé un peu douteux. (Oui René, ça, elle le sait déjà. C’est la nouvelle du jour. Et tout le pays est au courant.)

—  J’ai beaucoup de mal à accepter ce que tu me dis. Si ça ne te dérange pas, je veux que tu me reconduises à l’aéroport, maintenant », réplique-t-elle en détournant les yeux.

Elle a parlé sur un ton neutre, mais ferme, comme pour cacher sa profonde déception et son désarroi. Je sens que sa demande est sans appel. Qu’est-ce que je pourrais dire pour me justifier ? Il est trop tard. J’aurais envie de disparaître sous le tapis, tellement j’ai honte.

Je sens bien qu’elle est sous le choc, bouleversée de découvrir qu’elle est avec un sale individu comme moi, une crapule. Je comprends son besoin de partir sur-le-champ. Chaque minute qui passe rend la situation embarrassante, intolérable pour nous deux. Ma présence lui est insupportable, et moi, j’éprouve un profond dégoût pour ce que j’ai fait, pour ce que je suis devenu.

En quelques minutes, elle a fait ses bagages. Et un peu plus de 48 heures après son arrivée, je vais la ramener à Dorval, sans qu’une parole soit échangée. À peine ai-je freiné depuis la porte des départs qu’elle sort de ma voiture tellement elle est impatiente de me quitter, comme si elle était délivrée des griffes d’un monstre.

J’ai trompé cette femme exceptionnelle à cause de ma malhonnêteté. Et je m’en veux de lui avoir imposé un épisode aussi tragique. Elle ne méritait pas ça. Elle a même dû en payer le prix en déboursant 1200 $ pour un billet de retour de dernière minute. Et je n’ai même pas eu le cœur de la rembourser. C’était la moindre des choses, non ?… Minable, oui, je me sens vraiment minable, indigne, méprisable et je me dégoûte.

Sur le chemin du retour, je me dis que je n’ai jamais ressenti une telle humiliation. Après cette horrible soirée, puisque je ne mérite pas de vivre, je pourrais foncer sur un camion et mon cas serait réglé. Seigneur, se peut-il que j’en sois rendu là dans ma vie ? Il est grand temps pour moi de faire le bilan en me posant la vraie question : « QUI SUIS-JE ? »

[1] tvanouvelles.ca/video/31422502001/fraude-reportage-dharold-gagne/

[2] L’Autorité des marchés financiers est l’organisme mandaté par le gouvernement du Québec pour encadrer les marchés financiers québécois et prêter assistance aux consommateurs de produits et services financiers. www.lautorite.qc.ca/fr/,


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Moi bipolaire? êtes vous malades ?!.

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