OLIVIER


Olivier 50 ans 

Ma bipolarité

 

Un témoignage de plus pour ceux et celles qui souffrent de dépression.

 

J’ai toujours été dépressif. Dès la prime enfance je portais en moi une mélancolie profonde. A la maternelle je me sentais mal avec les autres, en décalage total. Ma famille n’était pas à l’écoute de cette angoisse perpétuelle, pourtant les problèmes psychiatriques affectaient d’autres membres de la famille, mais, et d’un, c’était un tabou, et de deux, personne n’imaginait qu’il pouvait y avoir une hérédité. Et moi cette hérédité, je me la suis pris en pleine poire!

L’enfance a été un long cheminement de douleur, surtout lorsqu’on m’a mis en pension chez les jésuites. Les semaines duraient des siècles et le week-end était si cours que je ne pouvais pas remonter la pente.

L’idée précise du suicide m’est clairement apparue vers l’âge de huit ans. Après une engueulade où mes parents m’ont prié de rejoindre ma chambre, j’ai ouvert les volets, et au moment où j’escaladais le montant de la fenêtre pour me précipiter du deuxième étage, ma mère m’a rattrapé à la dernière seconde. A la vue de notre relation actuelle, elle doit regretter son geste. Car le dépressif finit bien souvent par être rejeter, car il est considéré comme un emmerdeur de première, un instable caractériel.

Les périodes de manie, je n’en ai pas, peut-être, lorsque je vais moins mal, est-ce de l’hypomanie ! De toute façon aujourd’hui je suis diagnostiqué bipolaire de type 2, mais je me sens plus être un dépressif chronique, absolument pas en phase avec le monde, et surtout, lorsque je m’adapte, c’est le monde qui a changé.

Néanmoins, au jour d’aujourd’hui, bien qu’étant incapable de garder un job fixe très longtemps (le record c’est trois ans), j’ai réussi en travaillant seul et à mon rythme (c’est-à-dire en commençant mes journées de travail entre 10h et 15h !) à restaurer ma résidence principale et une ruine dans laquelle j’ai fait plusieurs logements.

Le plus incroyable, c’est que mon incapacité sociale dans le monde du travail est contrebalancée par mes performances techniques et culturelles. Je sais faire entre autre chose une maison de A à Z et je suis diplômé de l’enseignement supérieur (niveau II, bac + 4, avec un bts informatique, une licence d’histoire de l’art et un master un de lettres modernes). Mais, je ne peux travailler que lorsque j’en ai envie, ce qui socialement pose pas mal de problème pour assurer un poste fixe.

Un autre problème de la bipolarité, c’est l’incompréhension, que dis-je, l’incommunicabilité, que nous avons avec les autres. Nous avons tendance à ne pas être ambivalent, nous sommes parfois tout noir (le plus souvent), parfois tout blanc, et personne dans l’entourage professionnel ne l’accepte. Car nous pouvons être cassant et autoritaire, puis généreux et dévoués et personne n’y comprend rien, puisque eux, les normaux, font une espèce de jeu multiple que l’on appelle aujourd’hui le politiquement correct. Ce type de comportement nous ne pouvons pas l’avoir et ce n’est pas un choix ou un caprice. C’est ce qui nous exclue, même si nous avons des compétences professionnelles.

Le problème le plus important pour moi, c’est la drogue. Depuis l’âge de 12 ans, pour aller mieux, je consomme des toxiques : alcools, opiacés, benzodiazépines.

Je ne supporte pas les autres toxiques qui provoquent des phases dépressives violentes, comme le cannabis, qui est une vraie saloperie.

J’ai néanmoins toujours géré la consommation, même si des crises de rage accentuées par l’alcool, m’ont conduit à passer jusqu’à un mois en HP en HSDT, c’est-à-dire hospitalisation d’office sous la demande d’un tiers (presque la prison), et l’HP ce n’est pas la joie.

Mon problème majeur, c’est le rejet de mon entourage, et si je n’avais pas la chance et le bonheur d’avoir une femme géniale, je ne serais plus là.

Maintenant, mon avis personnel sur les traitements : si vous n’avez pas une personne qui sera prête à se dévouer pour vous, prenez des tymorégulateurs, mais si vous pouvez éviter, faites-le, car ils empêchent toutes formes de créations. Si j’en prenais, jamais je n’aurais fait des maisons et de la musique.

Au quotidien, c’est très dur car les embuches de la vie sont pour nous plus dures que pour monsieur normal.

C’est mon témoignage, pour conclure ceux qui souffrent de cette maladie portent la nuit en eux, avec quelquefois des feux d’artifices.

Merci pour votre site qui aide à mieux comprendre cette maladie terrible

Olivier 

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