RENÉ


Je m’appelle René. Je suis un bipolaire, un alcoolique-toxicomane, un dépendant affectif et surtout un dépendant à toutes les substances qui altèrent mon comportement. Je suis bipolaire de type 2 depuis mon enfance, sans vraiment l'avoir su avant l'âge de 29 ans, et que je l’ai finalement accepté à l’âge de 50 ans.

Voici mon histoire pour m’identifier comme bipolaire. De ma naissance jusqu’à l’âge de 12 ans, je vis une enfance supposément normale.

Entre l’âge de 12 à 14 ans, je vis énormément de rejet par mes copains de classe et par mes amis du voisinage. Je souffre d’un profond mal-être, et je veux de l’attention à tout prix. Mon visage est couvert d’acné, mes vêtements ne sont pas adaptés à la mode de cette époque et je tombe sur les nerfs de tout le monde. Je suis un vrai tannant.

À l’âge de 14 ans, je découvre le merveilleux monde de la consommation… alcool, drogue, sexe, médicaments… le monde de l’illusion et de la fuite. Quel bonheur ! Ce monde d’illusion m’a permis de m’évader de ma réalité terrestre jusqu’à l’âge de 29 ans. L’âge où j’ai connu l’enfer, l’âge où j’ai découvert Satan…

Aujourd’hui, je suis certain que j’ai consommé pour me récompenser dans mes épisodes maniaques et pour me soulager dans mes épisodes dépressifs. J’ai consommé pour attirer mes amis(es), pour être valorisé et pour être considéré comme quelqu’un de respectable…

J’ai connu le succès financier, la reconnaissance, les voyages exotiques, les belles femmes et les belles voitures… Le succès matériel… En plus, j’ai eu une vie palpitante, excitante et démesurée… J’ai adoré ça ! Mais à quel prix ?

À l’âge de 29 ans, j’avais complètement perdu la maîtrise de ma vie sans même être conscient de ma bipolarité. J’ai dû suivre une une thérapie de 6 semaines au Pavillon Jellinek, situé à Hull (aujourd’hui : Gatineau) dans l’Outaouais (Canada). J’avais perdu mon identité et je ne savais plus qui j’étais devenu.

Pendant mon séjour, j’ai rencontré le psychiatre du Pavillon Jellinek. Il me confirme que je suis bipolaire. Je lui demande de me donner un peu de temps pour atterrir sur la planète Terre et me donner la chance d’accepter le diagnostic, pour ensuite intégrer la bipolarité dans ma vie.

À la suite de ma thérapie, qui a pris fin le 10 août 1984, j’ai passé quelques semaines à la maison puis, j’ai décidé de partir pour la Floride sans aucune prescription et sans connaître la gravité d’être bipolaire.

Mes parents vivaient 6 mois par année (novembre à avril) à Hollywood en Floride. Je me suis dit que c’était une occasion en or pour m’occuper de mon rétablissement au soleil. J’ai oublié qu’il y avait beaucoup de belles femmes en bikini sur la plage… Pas trop bon pour un dépendant qui veut rester sobre dans tous les domaines de sa vie.

Une chance que j’ai fait beaucoup de meetings AA (Alcooliques Anonymes) matin, midi et soir. Ceci a eu pour effet d’adoucir toutes mes obsessions quotidiennes, surtout celle de consommer.

D’ailleurs, c’est à Fort Lauderdale, en février 1985, que j’ai connu la Fraternité NA (Narcotiques Anonymes). Mon retour au Québec et mon implication dans les 2 fraternités (AA et NA) m’ont permis de rester sobre pendant 21 ans. J’ai connu de bonnes années durant toute cette époque. Je me suis marié, j’ai connu le succès financier et professionnel et le sentiment d’avoir réussi ma vie.

Le 10 août 2005, j’ai célébré mes 21 ans de sobriété. En décembre 2005, suite à certains événements éprouvants (faillite personnelle en 2002, dépression majeure en 2003, divorce en 2005 et toutes les frustrations accumulées), j’ai vécu une rechute. Une sévère rechute qui a duré 4 ans accompagnée de plusieurs événements douloureux. Suite à ces diverses expériences, j’ai finalement compris les effets puissants et déroutants de la bipolarité et les effets destructeurs de la consommation de la drogue combinée à d’alcool.

Durant cette période de rechute, mon jugement était totalement illogique, mes hauts étaient irréalistes et mes bas sataniques…

Depuis le 1er août 2009, je suis très reconnaissant d’être de retour sur la planète Terre. J’ai finalement accepté ma maladie : je suis bipolaire. Je prends mes médicaments quotidiennement et je consulte mon médecin, mon psychiatre, mon psychologue et mon ostéopathe régulièrement. Je suis en santé physiquement, émotionnellement et spirituellement, et je m’occupe sérieusement de mon rétablissement.

Lors de ma dernière rechute de consommation intense d'alcool, j'ai connu plusieurs évènements que peut vivre un BIPOLAIRE en état de manie. Suite à ces expériences, j'ai voulu créer le questionnaire "Moi, Bipolaire" qui a pour objectif d'aider les gens à s'identifier et à consulter si nécessaire.

Aujourd’hui, ma vie est équilibrée et harmonieuse.

 

© Web ton village 2014